L'accusé principal
Si l'irrigation était un procès pénal, il y aurait un accusé principal dans le box. Un récidiviste, un ennemi public numéro un, dont la simple évocation suffit à faire monter la tension dans n'importe quelle réunion publique.
Cet accusé, c'est le maïs.
Il cristallise toutes les haines. Pour ses détracteurs, le maïs n'est pas une plante : c'est un symbole politique. C'est l'incarnation du "modèle industriel", de la malbouffe, et surtout, de la soif insatiable.
On le décrit comme une pompe aspirante monstrueuse, un vampire hydraulique qui vide nos nappes phréatiques.
Ce jugement est sans appel. Il a le mérite de la simplicité. Il offre un coupable facile à la vindicte populaire.
Le problème, c'est qu'il repose sur une ignorance totale de la physiologie végétale.
Un miracle de l'évolution
Il est temps de rendre justice à cette plante extraordinaire. Car en vérité, le maïs n'est pas le problème. Il est, à bien des égards, un miracle de l'évolution.
Pour comprendre, il faut soulever le capot. Il existe dans le règne végétal deux grands types de moteurs photosynthétiques :
| Type | Plantes | Caractéristique |
|---|---|---|
| C3 | Blé, orge, riz, pomme de terre | Moteur standard, sature à la chaleur |
| C4 | Maïs, sorgho, canne à sucre | "Formule 1" biologique |
Le maïs est une Ferrari biologique. Son moteur "C4" est une machine de guerre conçue par l'évolution pour l'efficacité. Il est capable de capter le CO2 atmosphérique avec une voracité bien supérieure à celle du blé.
Et contrairement à la légende urbaine, ce moteur est extrêmement sobre.
Les chiffres qui dérangent
Parlons chiffres, car ils sont têtus.
Pour produire 1 kilo de matière sèche :
- Le blé a besoin de boire environ 500 à 600 litres d'eau
- Le maïs n'a besoin que de 350 à 450 litres
Relisez bien cette phrase. À rendement égal, le maïs est 30 à 40% plus efficient que le blé dans son utilisation de l'eau.
Il fabrique plus de nourriture avec moins de gouttes. C'est, physiologiquement, l'une des plantes les plus économes de la création.
Le vrai "crime" du maïs
Alors, d'où vient cette réputation de "soiffard" ? D'où vient ce malentendu colossal ?
Il ne vient pas de la quantité d'eau. Il vient du calendrier.
Le blé est une plante d'hiver. Il est semé en octobre. Il boit l'eau de pluie de l'automne, de l'hiver et du printemps. Quand la sécheresse arrive en juillet, le blé est déjà jaune, mûr, prêt à être moissonné. Il a fini de boire. Il esquive l'été.
Le maïs, lui, est une plante tropicale (originaire du Mexique). Il aime la chaleur. On le sème en avril/mai. Et il arrive à son pic de besoins (la floraison) en plein mois de juillet et août.
C'est là son seul "crime". Le maïs n'a pas soif plus que les autres. Il a soif quand il n'y a plus d'eau.
La pompe à carbone
Pendant que le blé est coupé et laisse des chaumes jaunes et morts, le maïs, lui, est vert. Il est en pleine activité photosynthétique.
Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu'en plein cœur de l'été, quand le CO2 s'accumule, le maïs l'aspire.
Un hectare de maïs capte 4 à 8 fois plus de CO2 qu'un hectare de forêt tempérée sur la même période de croissance rapide.
C'est un poumon vert temporaire mais surpuissant.
Arracher le maïs, c'est se priver de cette pompe à carbone géante. C'est laisser des sols nus en été, qui chauffent et minéralisent (relâchent du carbone).
La bonne question
Alors oui, le maïs a un "défaut" de calendrier. Oui, il a besoin d'eau en été.
Mais compte tenu de ce qu'il nous donne en retour :
- Une énergie dense pour nos élevages
- Une captation carbone massive
- Une efficience hydrique record
La question ne doit pas être : "Comment supprimer le maïs ?"
La question doit être : "Comment apporter de l'eau à cette plante championne au moment où elle en a besoin, sans assécher la rivière ?"
Et la réponse à cette question tient en un mot : le stockage.
